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370 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

pense pas à V " Exaltation ". Je désavoue la " bonté originelle ". D'ailleurs, en admettant que ces meneurs se trompent et qu'ils soient trop opti- mistes, ces meneurs, eux, ont été et restent des ouvriers. Et c'est eux qui m'intéressent, et c'est eux que j'appelle le Peuple. Tu me diras qu'ils l'exploitent, au bout du compte, le peuple tout comme les autres. Ce n'est pas vrai. C'est une nouvelle notion du chef. Ils restent du peuple. Ils vivent de la vie du peuple. Peut-être déchoiront- ils, peut-être finiront-ils par s'embourgeoiser. Pour l'instant ils sont du peuple, et ils pensent ce que je viens de dire. Il y a la même différence entre eux et les députés socialistes bourgeois qu'entre les généraux de l'Ancien Empire et les généraux de la Révolution. Tu me diras que les généraux de la Révolution sont devenus maréchaux d'Em- pire et que les meneurs ouvriers accepteront la pensée bourgeoise. D'abord ce n'est pas vrai de tous ces généraux : vois Hoche, Desaix, — Hoche surtout qui est une figure admirable. Et tu comprendras ce que je veux dire. Et d'ailleurs on peut déchoir et avoir été grand. Lannes est devenu le duc de Montebello, mais Lannes est grand. Et pense au lieutenant-colonel Picquart, si l'on admet qu'en effet le général Picquart n'en ait plus l'âme. Ces meneurs ouvriers m'intéressent d'autant plus qu'ils sont plus jeunes. La vie, le travail, la misère useront beaucoup de ces meneurs. Mais au

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