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��360 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

et les aventurières. L'une de ces dernières a jeté son dévolu sur le fils de Frau Béate ; celle-ci fait auprès d'elle une humiliante démarche et lui arrache la promesse d' " épargner " le naïf étudiant. Rassurée en son cœur de mère, rendue au vide de tous les jours, Frau Béate, voluptueuse sans être sensuelle, sentimentale sans être amoureuse, gourmande seulement de sen- sations, se livre aux jeux du hasard ; tour à tour la sombre passion d'un homme mûr, les séductions d'un don Juan de plage, les naïfs hommages d'un camarade d'études de son fils, la sollicitent, l'effleurent, la chatouillent. C'est Chérubin qui l'emporte. Et quand elle s'est abandonnée, sans trop savoir pourquoi, une nuit plus tiède que les autres, elle trouve son fils aux bras de l'aventurière qui le lui a souillé, doublement, puisqu'elle révèle à Hugo le déshonneur maternel. Tous deux, mère et fils, qui s'accusent et se pardonnent, détachent un canot de la rive et glissent enlacés au fond du lac.

Cela se lit et vous attache, vous entraîne, tant l'art est habile. Mais on a comme une secrète honte de céder à ces séductions faciles, la honte de Frau Béate elle-même. Ces sensations que Schnitzler s'entend si bien à éveiller, ont-elles encore une valeur d'art ? Nous ne demandons pas certes à ne voir que des héros compliqués et neufs. Nous croyons d'autre part à la vérité de ces peintures d'une vie sentimentale qui se dégage à peine de l'animalité. Mais cette psychologie à hauteur d'appui est devenue par trop commode vraiment. Il est un réalisme qui ne nous touche plus désormais parce qu'il a donné tout ce qu'on en pouvait attendre. Et surtout nous regrettons qu'en France on s'attache à traduire et à répandre précisément cette littérature d'épigones : il nous suffit bien de Marcel Prévost et de tant d'autres plus viennois que les Viennois. Mais qui dans le public français aurait le courage de lire les vrais Allemands, avec leur rebutante profondeur : il y faut trop d'effort pour le lecteur ordinaire.

F. B.

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