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NOTES 351

��LES EXPOSITIONS

EXPOSITION CÉZANNE (Galerie Bernheim jeune).

Les années qui passent sur Tœuvre de Cézanne, loin de la compromettre, la consolident. Cela vieillit avec un bonheur incroyable. Nous ne nous étions pas trompés. Dès maintenant ces toiles ont leur place au Louvre. Cézanne est bien le plus grand peintre qui ait paru depuis Ingres.

Ceux qui répugnent à le reconnaître, c'est qu'à leurs juge- ments sur la peinture ils mêlent, sans s'en douter, des considérants littéraires. Pour qui sait être avant tout sensible au grand drame du métier, Cézanne est le héros. En effet il y a chez lui une rencontre subtile et parfaite, un équilibre et une équivalence naturels entre l'objet et les moyens d'expression. Rien, ni d'un côté, ni de l'autre, qui soit forcé, violenté, détourné, arraché de son siège. Tout ce qui est dans le spectacle passe dans le tableau sans avoir à subir ni déplacement ni défiguration ; aucune modification dans les rapports ; le paysage s'avance tout d'une pièce et aborde intact à la toile. Mais en même temps rien dans les éléments plastiques qui servent à le fixer, n'a besoin de se déguiser, de se contrefaire, de devenir truc ou pirouette. Ici, non plus que dans l'objet, aucune altération des rapports ; les tons gardent leur distribution spontanée, leurs positions respectives ; jamais de contrastes ; jamais les intermédiaires qui les séparent et les réunissent ne sont sautés : ils continuent de former une grande famille indépendante et disciplinée. Cézanne ne circule jamais à travers eux que selon les enchaînements de leur parenté. Peindre, pour lui, c'est amener leurs relations naturelles à correspondre aux relations naturelles des choses. Son génie — et peut-être le génie — est de ne rien maltraiter. Il attend, il épie, il profite. De lentes affinités opèrent peu à

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