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NOTES 349

je n'y vois pas grand mal, quand ne s'y joint pas la sottisç : elles sont de tradition. Mais c'en est une que Ton n'attendait pas d'eux, que de nous faire entendre une langue fine et drue, claire et nette, la langue même de Voltaire (ou à la manière de celui- ci) et de nous présenter, en chair et en os, le Huron. MM. Régis Gignoux et Charles Méré sont de trop bons lettrés pour s'être autorisés du cadre et des nécessités scéniques, dans le dessein de corser l'action. D'autres, que je ne veux point nommer, on les connaît trop bien, n'y eussent pas manqué : quand " on fait du théâtre " , il n'est rien qu'on ne se permette. J'aime que tous les ressorts dramatiques de leur Ingénu, les auteurs les aient trouvés dans le conte même, que la valeur objective et partant «cénique du conte se soit comme imposée à eux et qu'ils n'aient entrepris une tâche si délicate, qu'assurés de l'appui constant que leur offraient l'esprit et la lettre du texte. Ils n'ont que déplacé quelques péripéties, que rassemblé quelques traits trop épars, et s'ils ont altéré le dénouement, n'importe ! il fallait éparg- ner aux spectateurs la mort de la pauvre Saint- Yves, à laquelle du reste. Voltaire, quoi qu'il en ait, n'arrive pas à compatir et qu'il n'a sans doute contée, que pour faire une concession à la mode. Même quand Voltaire pleure, il rit. S'il n'a pas l'œil sec, il n'est plus Voltaire. De sorte que le dénouement de MM. Gignoux et Méré, loin de nous gêner, nous soulage. Le vieux singe malin ne feindra plus, même un moment, d'être ce qu'il n'est pas et ne peut être. Ironie et grivoiserie, le voilà tout, lui et son monde, trop heureux de trouver dans les vices de celui-ci une double occasion d'écrire, en satisfaisant à la fois son goût de la satire et sa salacité. La radieuse lucidité de l'art qu'il tient en main et de la langue qu'il emploie, lui permet d'exercer sur son sujet une sorte de domination à la Goethe... il vaut mieux dire, à la française, car c'est en France, et seulement en France, que le parfait détachement de l'immoraliste fut de tous temps réalisé. Grâce à ce détachement, des récits comme V Ingénu et Candide regagnent une sorte de santé naïve, que Molière connut

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