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33^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Dins lou jardin Jîouri de bouts nègre et de nertOy Sus /ou camin sablous que vtro vers la mar Te veguère. Bevïes H boufe d^ou vent-larg Et toun amo, jouvènto, éro unojlour duberto.

Te semblavo, toun cor, coume un grand bastimen Artneja per la vido et desplegant si vélo E toun raive arderous, vougant sous lis estello, Mourgavo H tempèsto e lou reboulimen.

Li vesies, eilalin, lis isclo lumenouso, — Tant vis te auries vougo conquis ta toun trésor ! — T^avien counta qt^a bas s'alargo lou grand port Ount vènon s*abriga li barco benurouso ;

Un port plen de cansoun, de lus, de reflamour Dins li niue souloumbroso o li rebat de Paubo, E lou vent boulegaire, en caressant ti raubo, De la mar f émis sento adusié la sentour. ^

Enfin la grande strophe lyrique de l'ode classique française, l'arc d'Ulysse de notre langue, celle que Banville considère avec raison comme la forme reine de notre poésie. La forme rare aussi : chez nous elle est comprise tout entière entre ces

1 "Dans le jardin fleuri de buis noir et de myrtes, — sur le chemin sablonneux qui tourne vers la mer, — je te vis. Tu buvais les souffles du vent large, — et ton âme, jeune fille, était une fleur ouverte.

Ton cœur te semblait comme un grand vaisseau, — gréé pour la vie et déployant ses voiles — et ton rêve fougueux, voguant sous les étoiles — défiait les tempêtes et le malheur.

Tu les voyais au loin, les îles lumineuses, — (si vite tu aurais voulu conquérir ton trésor !) — On t'avait dit que là -bas s'élargit le grand port — où viennent s'abriter les barques bienheureuses ;

Un port plein de chansons, de lueurs, d'éclats, — dans les nuits ténébreuses ou les reflets de l'aube — et le vent agile en caressant ta robe, — de la mer frémissante apportait la senteur.

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