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330 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

me paraît que ^alexandrin français, tel quel, se transporte mal dans une langue plus accentuée, abondante en diphtongues. Il y aurait là, peut-être, une mise au point métrique et ryth- mique qui appellerait un second Mistral : en tout cas le vers de la poésie dramatique (Aubanel copie le sien sur notre vers de théâtre, c*est-à-dire sur l'abomination de la désolation,) reste à trouver. Quant au vers blanc que Mistral, comme Milton, emploie pour une nouvelle forme de récit, celle du Poème du Rhône, il est d'une invention presque aussi juste, aussi saisissante que la strophe de Mireille. Si la poésie provençale a encore une carrière à parcourir, je crois qu'elle l'utilisera avec le plus grand profit.

Peut-être maintenant pressentira-t-on l'intérêt que l'exis- tence, le progrès, l'avenir de la poésie provençale peuvent apporter à ceux qu'intéresse vraiment, dans tout son fond et toutes ses formes, la poésie nationale. Ces précautions étaient utiles pour expliquer le grand intérêt que j'ai pris au Lausié £Arle, de M. Joseph d'Arbaud : " Cela nous sort de l'à-peu-près et du provençal de fortune — celui qui s'ap- prend dans les livres. " Le poète est en effet un maître merveilleux des mots, des beaux mots de flamme et d'or qu'il élève, sur les ailes de ses fortes strophes, à même son solide ciel bleu. Ces poèmes sont faits pour être jetés à pleins poumons, dans la Crau de pierre et de soleil, au mistral et à l'espace. Mais à cette splendeur des mots, manque, la plupart du temps, un intérieur. La poésie provençale de M. d'Arbaud me paraît fort analogue à la poésie française du provençal Emmanuel Signoret. Même magnificence verbale, même estrambord poétique, — et même déficience de matière. Comme Signoret, il chante merveilleusement, et il serait un grand poète, s'il savait quoi chanter : " Je suis toujours prêt, disait Signoret à André Gide, j'attends qu'on me commande quelque chose. " Il me rappelle aussi, et pour les mêmes raisons, les plus beaux vers de M. Joachim Gasquet, c'est-à-dire ceux qui

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