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32^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Vous pensez bien que je ne tiens guère à la lettre de ces imaginations ; mais je maintiens qu'une langue ne se défend que par Técole, et que le félibrige aurait dû se demander davantage ce qu'il y avait à faire de ce côté. Tout est parti, hélas ! en manifestations oratoires, et en tutupanpan, et tout fourmillait de politiciens, pas toujours du Midi : il y eut des temps où la grosse question félibréenne était de savoir si Mariéton serait décoré cette année. La croisade pour la délivrance de la Comtesse parfois n'a pas mal ressemblé à l'expédition des Tarasconnais, dans Tartarin, pour la défense de l'abbaye de Panperigouste. N'est-ce point la Muse de l'abbé Favre et du Siège de Caderousse, de Roumanille et de l'incom- parable Campano Mountado, qu'il faudrait parfois réveiller pour la chanter r Si j'avais le temps de faire de l'anecdote, j'en dirais long.

Pourtant, quand la langue parlée aura cessé d'entretenir autour de la poésie provençale l'atmosphère que cette poésie respire, l'oxygène qu'elle rend par l'éclat de son visage, Mireille et Calendal mourront. En nous rappelant que la Grèce et Rome vivent par leur poésie, et que la Provence vivra pareillement. Mistral plaisante : le latin et le grec vivent, je l'ai dit, pour une humanité qu'ils nourrissent, le provençal ne vivra que pour des philologues. Dès maintenant, les seuls\ ouvrages généraux dans lesquels un Français puisse en com- mencer l'étude scientifique (Chrestomathie, grammaire histori-j que, édition de Mireio avec commentaire et glossaire provençal- français) sortent de la petite université poméranienne de^ Greifswald, et sont dus au professeur Koschwitz. ^ On peut imaginer, pour un avenir prochain, un pendant à la pièce dej Heine, un Apollon chez les Hyperboréens, Mireille et Calendû transportés dans le musée d'érudition poméranienne (ainsi quel

  • Le libraire allemand qui a publié la Mireio de Koschwitz a|

édité en cinq forts volumes, en français bien entendu, le théâtrc| d'Alexandre Hardy !

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