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CHRONIQUE DE CAERDAL 313

quoiqu'il semble. Sa solution est pour le peuple, rien de plus. Les arbres et les pierres ont encore plus de bonheur, n'ayant pas besoin de conclure. L'homme doit payer plus cher son humanité. Hamlet est au sommet, et on exige de lui la plus lourde rançon. Le genre humain ne vit que pour un petit nombre d'êtres ; mais il y a mieux : il ne vit que dans un nombre d'êtres encore plus petit.

Hamlet est l'homme qui a pris conscience de soi même, et de tout son génie. Penser à ce point, c'est comme si l'on était le seul qui pense. La pensée est alors dans le cœur, et le plan d'une émotion infinie.

Il est en possession du monde. Et le monde ne lui est plus rien. Le spectre est là qui commande d'en finir, et qui oblige.

Rien n'est que ce qui dure. Le fatal écoulement de toutes les apparences, voilà bien le mensonge et la séduction de ce qui ne dure pas. 11 ne règne plus seulement sur le Danemark, ce fils de roi. Tl est prince de la vie ; et il ne peut plus vivre.

Il est maître de l'univers ; mais il sait que l'univers est un néant. Il sait ! La pensée est sans pardon. La conquête suprême est la suprême défaite. Quand on a tout, on perd tout d'une fois. Hamlet est le dernier eflFort de la vie, que son néant étouflTe. Il faudra que l'homme en vienne là. Plus forte est la conscience du néant, et moins

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