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CHRONIQUE DE CAERDAL 3O7

la paix ; mais son destin l'appelle. O tourment des grands cœurs, pleins de lumière et de sérénité^ qu'un dieu jaloux condamne à monter dans l'orage, à faire voile dans la nuit, et à marcher dans la guerre.

Le sens exquis d'Hamlet se révèle dans la tristesse ; et la douceur de sa mélancholie fait paraître le fond de sa pensée. Il est communément au cimetière. Celui des pauvres morts l'offense moins que celui des pantins, qui font semblant de vivre. C'est son génie de tout confronter à la réalité de la mort, laquelle fait la somme.

Quand les comédiens viennent répéter la tragé- die avec lui, il prend leur parti contre lui-même. Ces fantômes là, soudain, lui semblent plus vrais qu'il ne peut se convaincre de l'être. Il juge leurs passions d'emprunt plus réelles que la sienne, et leurs pleurs fardés plus vrais que sa propre bles- sure : car ils sont plus aisément dans l'action ;. et par métier ils ne se refusent pas au geste.

Avec une acuité unique, Hamlet compare l'action intérieure de la pensée qui se connaît et s'interroge, à l'action simulée du mime qui joue la comédie. 11 s'en faut bien peu, qu'il ne veuille conclure à la réalité de celle-ci et à la folie de celle- là.

L'idéaliste est le maître du monde ; mais un maître paralytique, dès qu'il doute. Et il ne serait lui-même qu'à moitié, s'il ne doutait pas.

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