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LES CAVES DU VATICAN 287

La rue, ou plutôt : la ruelle des Vecchierelli, était étroite et ténébreuse, au point que Fleurissoire hésitait à s'y engager. Baptistin cependant était entré dans la seconde maison de droite, dont la porte ouvrait à quelques mètres du coin du quai ; au même instant Fleurissoire vit un bersagli'ère en sortir ; l'uniforme élégant, qu'il avait déjà remarqué à la frontière, le rassura ; car il avait confiance dans l'armée. Il avança de quelques pas. Une dame parut sur le seuil, la patronne de l'auberge apparemment, qui lui sourit d'un air affable. Elle portait un tablier de satin noir, des bracelets, un ruban de taffetas céruléen autour du cou ; ses cheveux noir de jais, ramenés en édifice sur le sommet de la tête, pesaient sur un énorme peigne d'écaillé.

— Ta valise est montée au troisième, dit-elle à Amédée, qui dans le tutoiement surprit une coutume italienne, ou la connaissance insuffisante du français.

— Grazia ! répondit-il en souriant à son tour. Grazia ! C'était : merci^ le seul mot italien qu'il sut dire et qu'il jugeait poli de mettre au féminin quand il remerciait une dame.

Il monta, reprenant haleine et courage à chaque palier, car il était recru de fatigue et l'escalier sordide travaillait à le décourager. Les paliers se succédaient toutes les dix marches, l'escalier hésitant, biaisant, s'y reprenant à trois fois avant de parvenir à l'étage. Au plafond du premier palier, faisant face à l'entrée, une cage à serin était sus- pendue que l'on pouvait voir de la rue. Sur le second palier un chat rogneux avait traîné une peau de merluche qu'il s'apprêtait à déglutir. Sur le troisième palier donnaient les cabinets d'aisance, dont la porte grande ouverte laissait

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