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228 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

j'ai toujours aimé, moi aussi, me lier avec les premiers. Donc, Protos...

— Oh ! c'était à la suite d'un pari qu'il avait fait. Auparavant il restait l'un des derniers de notre classe, bien qu'un des plus âgés ; tandis que j'étais l'un des plus jeunes ; mais ma foi je n'en travaillais pas mieux pour ça. Protos marquait un grand mépris pour ce que nous ensei- gnaient nos maîtres ; pourtant, après qu'un de nos forts- en-thèmes, qu'il détestait, lui eût dit un jour : il est commode de dédaigner ce dont on ne serait pas capable (ou je ne sais quoi dans ce goût), Protos se piqua, s'entêta quinze jours durant, fit si bien qu'à la composition qui suivit il passa par dessus la tête de l'autre ; premier î à la grande stupeur de nous tous. Je devrais dire : d'eux tous. Quant à moi je tenais Protos en considération trop haute pour que cela pût beaucoup m'étonner. Il m'avait dit : je leur montrerai que ça n'est pas si difficile ! Je l'avais cru.

— Si je vous entends bien, Protos a eu sur vous de l'influence.

— Peut-être. Il m'imposait. A vrai dire, je n'ai eu avec lui qu'une seule conversation intime ; mais elle fut pour moi si persuasive que, le lendemain, je m'enfuis de la pension où je me blanchissais comme une salade sous une tuile, et je regagnai à pied Baden où ma mère vivait alors en compagnie de mon oncle le marquis de Gesvres... Mais nous commençons par la fin. Je pressens que vous me questionneriez très mal. Tenez ! laissez-moi vous raconter ma vie, tout simplement. Vous apprendrez ainsi beaucoup plus que vous n'auriez su demander, et peut-être même souhaité d'apprendre... Non, merci, je

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