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UNE VISITE A JEAN-DOMINIQUE INGRES I93

un peu de la solidité morale et de la nudité massive d'un Bourdaloue. Qui ne sait, après tout, ce que dégagent de rajronnement intérieur et de flamme, dans leur resserre- ment, certaines sensibilités refoulées vers le dedans ? La cathédrale de Montauban me fait éprouver la même qualité de compression spirituelle. Elle me semble l'instru- ment parfait d'une dialectique triomphante, qui, parce qu'elle est sûre de son objet, dédaigne tout apparat, et tend à ne toucher les âmes que par le syllogisme.

C'est à des démonstrations du même ordre que Jean- Dominique Ingres se dévoua toute sa vie. Seulement, comme il était peintre, c'est par le sensible qu'il y atteignit et qu'il y réussit. Dédaigner tout apparat, c'est- à-dire tout arrangement, c'est-à-dire toute interprétation qui dépasse son objet : il faut toujours en revenir là, et c'est par là qu'il fut à la fois le plus restrictif et le plus réaliste des peintres français, le plus volontaire et le plus épanoui. Sa forme est la plus enchaînée, la plus déductive, la plus logique qui soit au monde, et la plus naturelle. Il n'a pas voulu persuader les âmes ; il n'a voulu leur faire entendre que le langage de la logique. Mais la logique de la forme, quand elle est poussée à ce degré de rigueur et de profondeur, c'est la vie elle-même captée au point de départ de ses mouvements les plus subtils ; et, comme par surcroît, l'âme d'Ingres était orageuse, obstinée et violente, son art tout entier est un exemple continu de logique passionnée.

Il n'est, pour s'en convaincre, que d'aller faire une promenade, même courte, à ce qu'on nomme, à Montau- ban, le Musée Ingres, lequel contient plusieurs salles tapissées d'un nombre infini de dessins et croquis. Il y a

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