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��UNE VISITE A JEAN-DOMINIQUE INGRES 189

de réformé, ni découvrir, après coup, de sa ville natale à lui-même, une filiation trop directe et trop apprêtée. Cependant, il y a un protestantisme de l'art : c'est celui qui consiste non pas dans un retranchement systématique de tout ce qui est grâce et volupté, mais dans cette nudité magnifique qui tient à la folie du vrai. Je sais bien que cette folie est catholique aussi, et qu'elle est toute la substance, par exemple, d'un Bossuet. Mais elle s'accom- pagne, chez Ingres, d'une rigueur, d'un entêtement, et parfois d'une étroitesse qui le rattachent bien aux exemples de mœurs, de tenue et d'austérité où il fut nourri, sinon dans sa famille, ce que j'ignore, du moins dans l'atmos- phère sensible de la ville où il naquit. Après tout, on n'est jamais tout à fait un étranger chez soi. L'admirable, c'est que tout ce que la sensibilité d'Ingres contient de com- primé s'épanouit en raison, et par là tourne à la volupté. Un portrait, un nu d'Ingres, nous comblent d'un bonheur exact et contenu. Sans doute l'âme en est absente. C'est qu'il ne la chercha jamais, et que, s'il l'y mit, ce fut toujours à son insu. Comme tous les classiques, il fut un grand réaliste. C'est pourquoi sans doute, en retour, il y a tant d'âme dans tout ce qui est sorti de son pinceau, l'âme pouvant être définie, l'expression d'une certaine matière conduite à son plus parfait degré de cohésion. Par là il touche un peu à Gltick, cet autre grand entêté qui fond son pathétique musical sur les mouvements de la parole humaine ramenée par le chant à sa plus stricte force de vérité et de dignité.

Ainsi, pour Ingres, le dessin ne fut que la forme sen- sible serrée et scrutée jusqu'au point où elle apparaît dans toute sa structure spécifique, que d'autres n'obtiennent.

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