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l88 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

C'est le Tarn qui donne tout d'abord à Montauban figure d'humanité. Que cette ville serait maussade sans cette grandiose coulée de mouvement et d'espace où du moins elle peut se réfléchir et trembler au hasard de l'eau. Ah ! ce n'est pas sur le pont de Montauban qu'on dut jamais danser. Il est bien trop construit pour la défense, et non pas pour qu'on y tourne en rond. Aussi, par contraste, quelle douceur y prennent les plus humbles choses, quand la nature s'y fait sentir toute nue ! Au fil du fleuve, une étroite bande de terre part d'une des piles du pont, et va se perdre un peu plus loin sous l'eau. Une rangée de saules y a poussé. Je les ai vus tantôt découverts jusqu'au pied, tantôt noyés à la hauteur des premières branches. Mais il ne cessent pas de résister et de croître, et semblent puiser dans leur vicissitude la raison de leur croissance et de leur durée. Ils sont la seule image de tendresse qui me soit restée de Montauban. Tout ce qui n'est que faiblesse doit ici plier, et, même ne rom- prait-il pas, se subordonner à des vertus si dures, que, plutôt que de condescendre à ce qui fait pour des natures plus humaines le prix et la douceur de la vie, elles vont jusqu'au-delà de la vertu. Entêtée de rigidité protestante et d'héroïsme à rebours, Montauban ne consent pas à se rendre. Puis, quand tout est vraiment perdu, lasse de se défendre, elle dédaigne désormais de vivre et de porter haut les restes de sa grandeur déchue. Et, dans Montau- ban, un Ingres voit le jour, qui pousse la rectitude de l'esprit et la passion de la logique jusqu'au point où l'on en vient à préférer les formes de la raison à la raison elle-même.

Je ne voudrais point faire d'Ingres un type supérieur

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