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voies, prétendant forcer Dieu dans de plus secrets retranchements.

Que toute activité entraînât une usure, il ne lui suffisait pas de l’admettre grosso modo, ni que l'animal, par le seul exercice de ses muscles ou de ses sens, dépensât. Après chaque dépense, il demandait : Combien ? Et le patient exténué cherchait-il à récupérer, Anthime, au lieu de le nourrir, le pesait. L’apport de nouveaux éléments eût compliqué par trop l’expérience que voici : six rats jeûnants et ligottés entraient quotidiennement en balance ; deux aveugles, deux borgnes, deux y voyant ; de ces derniers un petit moulin mécanique fatiguait sans cesse la vue. Après cinq jours dé jeûne, dans quels rapports étaient les pertes respectives ? Sur de petits tableaux ad hoc, Armand-Dubois, chaque jour, à midi, ajoutait de nouveaux chiffres triomphaux.


II

Le jubilé était tout proche. Les Armand-Dubois attendaient les Baraglioul d’un jour à l’autre. Le matin que parvint la dépêche annonçant leur arrivée pour le soir, Anthime sortit pour s’acheter une cravate.

Anthime sortait peu ; le moins souvent possible, se remuant malaisément ; Véronique faisait volontiers pour lui ses emplettes, ou amenait à lui les fournisseurs qui prenaient commande d’après modèle. Anthime ne se souciait plus des modes ; mais, pour simple qu’il désirât sa cravate (modeste nœud de surah noir), encore la voulait-il choisir. Le plastron en satin carmélite qu’il avait acheté pour le voyage et mis durant son séjour à l’hôtel s’échap-