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pismes ! Quelle lumière soudaine émanait de ces syllabes ! Evidemment l’organisme cédait aux mêmes incitations que l'héliotrope lorsque la plante involontaire tourne sa fleur face au soleil (ce qui est aisément réductible à quelques simples lois de physique et de thermo-chimie). Le cosmos enfin se douait d’une bénignité rassurante. Dans les plus surprenants mouvements de l’être on pouvait uniment reconnaître une parfaite obéissance à l’agent.

Pour servir à ses fins, pour obtenir de l’animal maté l’aveu de sa simplicité, Anthime Armand-Dubois venait d’inventer un compliqué système de boîtes à couloirs, à trappes, à labyrinthes, à compartiments contenant les uns la nourriture, les autres rien, ou quelque poudre sternutatoire, à portes de couleurs ou de formes différentes : instruments diaboliques qui tôt après firent fureur en Allemagne et qui, sous le nom de Vexierkasten[1] servirent à la nouvelle école psycho-physiologique à faire un pas de plus dans l’incrédulité. Et pour agir distinctement sur l’un ou l’autre sens de l’animal, sur l’une ou l’autre partie du cerveau, il aveuglait ceux-ci, assourdissait ceux-là, les châtrait, les décortiquait, les écervelait, les dépouillait de tel ou tel organe que vous eussiez juré indispensable, dont l’animal, pour l’instruction d’Anthime, se passait.

Son Communiqué sur les « réflexes conditionnels » venait de révolutionner l’Université d’Upsal ; d’âpres discussions s’étaient élevées, auxquelles avaient pris part l’élite des savants étrangers. Dans l’esprit d’Anthime cependant s’ameutaient les questions nouvelles ; laissant donc ergoter ses collègues, il poussait ses investigations ’dans d’autres

  1. L’auteur n'invente pas.