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NOTES 137

tradition. Pas de littérature sans tradition. Rien de plus tradi- tionnaliste que la littérature, l'éloquence, le drame de la révolution française : ils sont même en retard, reprennent de trop haut ; et ce sont les émigrés qui, plus près de la tradition, eux-mêmes représentants de la tradition se trouvent être les vrais novateurs. Il est probable que, si la révolution qu'on annonce depuis si longtemps, réussissait, par exemple cette année, introduisant soudain dans la classe dirigeante une majorité toute nouvelle, nous verrions reparaître de vieilles formes littéraires aujourd'hui démodées ; les plus audacieux se montreraient disciples des écrivains de 1860- 1870 ; d'autres découvriraient le Parnasse et le naturalisme (les vers des demi- lettrés, primaires, noblesse provinciale, etc., sont des imitations inconscientes de Lamartine), ou bien même on verrait se réaliser le néo-classicisme, sage, médiocre, pré-romantique, à la Delille, que certains critiques de l'école monarchiste actuelle, semblent désirer. Et les nouveaux dirigeants seraient forcés, pour aller plus loin, pour s'exprimer à leur tour, de demander la tradition littéraire aux survivants de l'aristocratie qu'ils auraient vaincue. M. Baldensperger aurait pu insister davantage U-dessus ; il n'y a pas que le recours au passé ; il y a la tradition — non pas au sens tout sentimental où on l'entend parfois — la tradition nécessaire, ininterrompue de génération à génération. Il y a continuité, c'est la grande loi, la loi de la vie même.

Mais il y a encore ceci : le fait littéraire est bien moins fréquent que ne paraît le croire M. Baldensperger. Il considère deux sortes de littérature : la commerciale et la désintéressée. Mais il existe une littérature désintéressée qui est aussi nulle, aussi privée d'influence que la littérature commerciale. L'équi- libre entre l'expression et la formule ne se produit que rare- ment, et jamais par hasard : il y faut un génie. La phrase, qu'il cite, d'Edmond About : " Tout homme a dans sa vie la matière d'un bon roman " nous semble aujourd'hui l'opinion d'un illettré. S'il a la matière d'un bon roman, il a la matière

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