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132 LA NOUVELLE RKVUE FRANÇAISE

Il aime la paix, et il comprend toutes les guerres. Toutes les folies de l'homme lui sont connues, et il en sait les excuses. Il n*est pas complice de ses plus violents dégoûts. Il n'y a rien de plus tendre que lui et de moins dupe.

Dur d'esprit à toutes les femmes, sauf aux jeunes filles et aux amantes ; et plein de douceur pour toutes, dans le train ordinaire des jours. Sa courtoisie est égale à son impatience. Il est cruel aux mères : car il leur pardonne et les juge. Son exquise gentillesse n'ôte rien à la rigueur de son jugement. La vie est l'unique objet qui vaille notre indulgence, et qu'elle lasse sans parvenir à la décourager. Il prend toujours parti pour cette folle reine, pour cette folle esclave.

Hamlet est le même homme que Prospéro, lequel a fui le monde et les villes. Mais peut être dans le pardon de Prospéro y a-t-il plus de dédain et de détachement que dans la douleur d'Hamlet et les tourments de sa conscience. Il faut croire encore à la vie pour la condamner. Qui pardonne à tout, de tout est bien dépris. Prospéro n'a plus qu'à mourir : Hamlet ne veut pas la mort : il la subit. Prospéro l'invente ; et pour mieux s'y coucher, pour en goûter plus solitairement le repos, il met les nuages de la fantaisie et les ailes du rêve entre le monde et lui. Les fureurs et l'amertume d'Hamlet sont encore un combat. Prospéro se fait un linceul de son divin sourire.

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