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122 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

tants, une ligne de poésie pure, de volonté très haute^ d'échec encouru, accepté, tourné en honneur. Baudelaire a dédié les Fleurs du Maly en une grandiloquente inscription, à Théophile Gautier. Plutôt n'eussent-elles pas appartenu convenablement à Vigny ? Et de l'auteur des Destinées ne reçoivent elles pas ces trois impulsions qu'elles transmettent à Mallarmé et à tout le symbolisme ? Ceci d'abord que l'œuvre du poète (l'œuvre des trois poètes) a pour centre et pour sujet non point tant la nature de l'homme que la nature du Poète.

Lorsque^ par un édiî des puissances suprêmes^ Le Po}te apparaît dans ce monde ennuyé^ Sa mère épouvantée et pleine de blaspJiemes Crispe les poings vers Dieu qui la prend en pitié.

La première pièce des Fleurs du Mal prend, avec un arrière-fonds de sourire et de parodie, le thème de la dernière pièce des Destinées (je ne fais pas, bien entendu,, de chronologie), — la malédiction, la bénédiction du Poète. Rappelez-vous la plupart des thèmes des Fleurs du Mal^ et songez que Mallarmé n'a guère en dehors de quelques sonnets d'amour, traité que ce sujet poétique, le Poète et la poésie ; notez, enfin, Verlaine étant ici laissé de côté, le narcissisme des symbolistes. Ni Lamartine, ni Hugo, ni Musset, n'avaient ainsi abstrait le poète de l'homme n'avaient, à propos de leur propre existence que Dieu

3^it au centre de tout comme un écho sonore^

chanté autre chose que les grands partis généraux, les larges émotions de la nature humaine. Victor Hugo avait

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