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LE CINQUANTENAIRE D*ALFRED DE VIGNY 121

dramatique, sa concentration en profondeur, si différente de la riche expansion en gerbe d'un recueil lamartinien ou hugolien. Un homme s'avance entre les Destinées hostiles, invisibles, embusquées, il s'avance comme, dans Servitude^ les vieux bataillons de la garde royale entre les projectiles des fenêtres et les fusils des barricades. Il garde assez de mâle courage pour noter les coups de la lutte. A l'heure de la mort, quand la bataille est terminée, il se sait vaincu par les Destinées, par la Destinée d'une vie dévouée à la désillusion, par la Destinée d'une poésie dont la main nerveuse et fine, mais débile, laissait à chaque instant échapper ou trembler l'instrument de son métier. Mais vaincu il garde l'honneur ; autant de formes d'hon- neur l'entourent, que de formes de la défaite. On comprend la substance et le fil des Poésies lorsqu'on voit tout au long le symbole de la Vie et de la Mort du Poète dans la vie et la mort du capitaine Renaud. Là-dedans, 5ur les défaillances et les maladresses, tout est arrivé, tout est sérieux. Ce sont ces puissances de sérieux et de sincérité, cette présence calme et ces grandes ailes repliées de la Vie intérieure, qui pendant ces cinquante ans, ont comme Apollon auprès d'Hector, écarté d'Alfred de Vigny les oiseaux de proie, la décomposition, gardé son œuvre fraîche pour lui faire franchir la porte mi-séculaire des dernières funérailles.

Aussi est-il naturel que des quatre ou cinq grands poètes romantiques, il ait eu l'influence je ne dirai pas la plus éclatante, mais la plus persévérante et la plus pro- longée. J'ai dû rappeler plusieurs fois la chaîne Vigny- Baudelaire-Mallarmé. Elle me paraît certaine, et très logique. Elle fait, à l'écart des royaumes poétiques écla-

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