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LE CINQUANTENAIRE D ALFRED DE VIGNY IO9

gance un peu molle et conventionnelle, du XVIII* siècle : cette versification et cette langue du XVIIP siècle avaient exactement, par leur vernis superficiel, de quoi donner l'illusion d'un tour de main expert et correct, de quoi soutenir, par des fonds substantiels, l'intermittence de lyrisme et de pureté poétique concentrés qui déjà donnait à l'art de Vigny sa figure particulière. Mais, de 1825 ^ 1830, devant l'éclat du romantisme militant et truculent, ce style se démode rapidement, on le voit s'écailler à vue d'oeil. C'est alors que Vigny, bien plus encore que Lamartine, laisse tomber de sa poésie toute cette con- tinuité, cette urbanité de langage correct, usuel, sans génie, qu'elle tient du siècle précédent. Il les laisse tom- ber sans pouvoir les remplacer, par autre chose que des idées poétiques plus hautes, des fulgurations poétiques plus intenses, mais plus irrégulières. Dès son début il avait eu la volonté et la prétention d'ouvrir des voies, d'être le premier dans les tentatives et les audaces auxquelles con- viait le bouillonnement romantique. Il était fier d'avoir, par Othello^ introduit le vers romantique à la Comédie- Française avant Hernani^ d'avoir, par Cinq-Mars^ précédé Notre-Dame de Paris dans l'imitation réussie de Walter Scott. Il revendique, avec raison d'ailleurs, pour Moïse et pour Eloa^ l'honneur d'avoir été les premiers poèmes à incarner une pensée philosoph ique dans un récit. Comme Chateaubriand qui écntlts Mémoires d Outre-Tombe en se préoccupant de Michelet, alors en pleine gloire, comme Victor Hugo qui songe dans la Légende des Siècles à ne pas se laisser dépasser par les Poimes antiques^ dans les Chansons des Rues et des Bois à suivre (comme un roi suit son héraut) les Emaux et Camées^ Alfred de Vigny mettait

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