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LE CINQUANTENAIRE d'aLFRED DE VIGNY IO7

des vallées profondes. Aujourd'hui chacun des trois est aimé plus ou moins contre l'un des deux autres. Vigny n'a jamais été élevé assez haut pour qu'une chute nette et dramatique ait pu faire dans sa destinée grande figure de bataille perdue. Il n'a cessé de gagner, comme un vin riche, lentement, régulièrement. Lui-même, à la fin de V Esprit Pur, son testament poétique, avait pesé, évalué, avec une parfaite justesse sa fortune du lendemain.

Seul et dernier anneau de deux chaînes brisées. Je reste, et je soutiens encor dans les hauteurs, Parmi les maîtres purs de nos savants musées U IDEAL du poète et des graves penseurs, réprouve sa durée en vingt ans de silence. Et toujours, d'âge en âge, encor je vois la France Applaudir à mes vers et leur jeter des fleurs.

Les capitales du quatrième vers sont de lui. Il y a dans V Esprit Pur un essai unique, un peu bizarre, pour mar- quer les mots essentiels et denses par la différence de la typographie. Vigny est le romantique dont la poésie présage le mieux la poésie mallarméenne : il est dés lors curieux que son dernier poème soit hanté par des préoc- cupations matérielles analogues à celles de Un coup de dés jamais n'abolira le Hasard. Et il a soin de nous souligner par là la face et la fonction de sa poésie : tournée et concentrée vers l'idéal. C'est parfaitement juste. De là sa faiblesse et sa force.

Si, laissant de côté, par abstraction, l'idéal de cette poésie, nous la regardons en tant que matière et réalité verbales, un point nous inquiète. Buffon nous dit que les ouvrages bien écrits sont les seuls qui passent à la postérité.

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