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1092 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

au creuset de Nicolas Flarael, alchimiste et bon Français. Rénova- tion, don magistral qui vous " suit et trace " comme une eau de jouvence qu'on n'épuise pas. Non, il n'avait pas tort ce sympathique abbé de province, qui louant Péguy, l'autre jour, d'avoir révélé pas mal de jeunes, comme on dit, vous citait — et en bonne place ! — parmi les jeunes révélations. Un peu de lecture ['écartera de cette idée, mais beaucoup l'y ramènera.

Et c'est sur ce trait que je termine. M. Sorel est un jeune, envers et malgré tout, et il est un professeur de Jeunesse.

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��Le deuxième Cahier Vaudois (20 Avril 19 14) contient une étude inégale, parfois obscure, et d'un style tourmenté, mais dans l'ensemble très intéressante de M. Paul Budry sur Fé/ix Valhtton ou le Retour a P impassible. Citons-en quelques passages :

Vallotton peint comme on fait des sabots ; on prend mesure, et en avant l'outil. On dirait qu'il copie un tableau qui préexiste. Sans hasard, sans boutades, sans inconnue. Aussi ne dépend-il pas d'une réussite.

Et plus loin :

Attrait de l'absurde ! Plus j'enfonce dans les gris corridors que m'ouvrent ses tableaux, plus je me sens éloigner de mon temps, et de ce' par quoi je tiens à mon temps, des fins de mon désir, des voies actuelles de ma volupté. Et j'en éprouve un cruel contentement. A chaque seuil nouveau, je me défais d'une faculté de jouissance, d'une notion de bien-être. Ici les délices de l'air, ici les floraisons trompeuses de la lumière, les couleurs et leurs chants innombrables, la suavité charnelle des créatures, l'ivresse végétale des saisons. Je m'exerce à la saveur pauvre de l'incolore, je me sèvre et me retranche. Je m'enseigne à jeûner de tout ce qui est mouvement, pensivité et illusion. Tout cela n'était-il pas énervement, surchauffement de cellules... ? L'art ne serait-il pas de resserrer sa vue jusqu'aux infimes limites où la forme devient certitude } Hors des bestialités et des sentimentalités, hors des lyrismes et des curiosités affolées de voir ce qui n'est pas^ ici j'ai ce fort sentiment de toucher enfin à quelque

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