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NOTES 1067

autre chose qu'un amusant cliché d'amateur. Des gens qui n'avaient jamais songé à lire ni la Mort dUvan Ilitch ni Vldiot découvraient la sainte Russie dans Càin et Arthème ou dans les Vagabonds. Des fanatiques ne reculaient devant aucun rappro- chement...

Qu'il fallût hausser les épaules devant ces ovations blasphé- matoires, c'est évident ; mais qu'il fallût ranger Gorki bien après un Tchékhov ou un Chtchédrine, voilà ce qu'aujourd'hui personne n'osera plus guère contester. Les Contes d^Italie portent en épigraphe ce mot d'Andersen : " Il n'y a pas de contes plus beaux que ceux que la vie elle-même a composés ". Il faudrait ajouter : " à condition qu'un œil lucide sache les déchiffrer". Or celui de Gorki n'est pas très pénétrant. Cet homme a connu, dans sa vie errante, les types les plus curieux ; il en a dessiné quelques uns avec force ; mais il ne les connaît que comme peut connaître un passant. Ses nouvelles sont des récits de rencontres, souvent belles, pittoresques et émouvantes; mais "Pierre qui roule..." dit le proverbe. Les contes "composés par la vie elle-même ", il faut les chercher dans des régions plus secrètes. L'aventurier possède cet avantage de n'être pas aveuglé par les préjugés et les idées toutes faites : c'est quelque chose. Mais le bon observateur a surtout besoin d'attention. Il y a une fixité du regard qui manque à Gorki.

Quant à ces Contes d^ltalie, ce ne sont pas du tout des "contes", mais des articles parus sans doute dans quelque journal russe. Il y a des croquis de grève, des anecdotes, des " contes " à la façon de ceux que publient nos journaux. En somme, le carnet d'un reporter qui n'a pas eu la chance de voir grand'chose et qui n'a guère pu faire causer les gens qu'un dictionnaire à la main.

j. s.

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