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1058 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

se livre, la Religion, c'est une tradition positive, une institution sociale, un dogme révélé — d'un mot, le catholicisme. J'admets volontiers que la conception de la grâce garde un sens dans l'idéalisme absolu, et qu'ainsi le premier drame conserve la valeur d'un symbole adéquat. Mais le second sujet, quelle en est exactement la portée, si " la religion dans son essence n'est pas un credo objectif" ? Si, dans le Palais de Sable, les paroles de Clarisse : "Il suffit que la pensée de l'ordre soit en nous..." font écho, comme il me semble, aux convictions de l'auteur, où donc situerons-nous exactement, dans l'existence de Moirans, ce que Gœthe appellerait la faute tragique, l'erreur fatale qui précipite la Destinée ? Moirans est-il surtout coupable de ne pas croire à la façon des humbles ? ou d'encourager chez les humbles, et chez sa fille elle-même, cette croyance littérale dont il a l'illusion de retenir l'esprit ? ou de ne point consentir, pour la gloire de l'esprit, le dur sacrifice que la lettre seule lui paraît exiger ? de peser sur la liberté de Clarisse ? de l'aveugler de lumière brutale, après l'avoir tenue dans l'ombre ? Où trouver le point d'inflexion où la responsabilité commence, où la nécessité s'efface devant le choix ?... Moirans et Clarisse ne répondraient pas de même ; il plaît à l'auteur que nous hési- tions, que notre doute dure encore, après la lecture achevée. J'ose, pour sortir de ce doute, risquer une conjecture : — Le péché de Moirans, sa faute originelle, c'est de n'avoir jamais eu qu'une confiance incomplète en V Esprit ; c'est de n'avoir pas été sûr que la pensée de l'ordre, en nous, et notre volonté de l'ordre sont la même chose que son existence absolue. Traiter de rêves les idées qu'il choisissait, c'était regretter pour elles le manque d'un objet, d'une réalité supérieure à l'esprit même ; c'était se tenir prêt à renier l'esprit, dès que parlerait la nature. Issue fatale, pour qui d'abord suspend l'esprit à des idées, à des images, qui participent en effet de la nature et du rêve. — Mais cette interprétation n'a plus rien de catholique ; et si nous l'admettons, Clarisse, en qui l'esprit règne sans compromis»

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