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NOTES 1057

tentation la plus haute, accueillir la tentation du bonheur* C'est donc " entre ciel et terre " qu'elle attendra l'heure de la mort, car maintenant, comme à son père, le ciel des humbles lui est fermé : " Tu as fait naître dans mon âme l'idée qu'au delà de ma foi il y avait en moi une autre pensée, un autre désir, et qui en rendait raison... L'esprit d'orgueil était mon maître... Je connais maintenant cette ivresse des cimes... ; je sais ce qu'est cette ferveur abstraite qui monte dans le vide et que n'exalte la vision d'aucun Dieu. " Mais Moirans n'admet même plus que cette ferveur, qui fut la sienne, justifie aucun sacrifice : " Si ma vie était à recommencer, je ne chercherais plus à rédifier sur le plan de l'absolu ; bâtir sur l'absolu, c'est bâtir sur le sable. " Et Clarisse de lui répondre, comme il eût fait autrefois : " Nos pensées doivent savoir se suffire à elles- mêmes " ; mais en ajoutant ceci, qu'il n'a pas eu le courage de croire : " Il suffit que la pensée de l'ordre soit en nous, pour que nous puissions affirmer qu'il est. " Ainsi leurs routes pour jamais se séparent ; c'est de cette façon que Moirans expie.

Nous ne sommes pas loin des jours où un public de théâtre applaudit, contre toute attente, cette pièce d'idées qu'étaient les Affranchis, de M^^® Lenéru. Mis à la scène, les drames de M. Marcel obtiendraient-ils même succès ? ne doit-on redouter pour eux rien autre chose que la frivolité des auditeurs ? Fran- chement, je ne le pense point. Ces drames vibrants de jeunesse n'ont point la forte concision des Affranchis : trois actes suffi- raient au sujet de la Grâce ; même le Pa/ais de Sable, œuvre d'une beauté plus accomplie, gagnerait à s'alléger peut-être de quelques scènes, sûrement de maintes répliques. Le problème moral, dans les Affranchis, était ou du moins semblait être moins transcendant, plus simplement humain. Et surtout, le combat s'y livrait tout entier sur un même plan, où se trou- vaient placés ensemble les personnages et l'auteur. En est-il de même ici ? L'auteur a défini la religion (dans sa préface) en termes métaphysiques ; dans les ** milieux réels " où le combat

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