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RÉFLEXIONS SUR LA LITTERATURE I039

" Après le seau une pelle : j'offris la pelle. Puis ce fut une balle. La balle ne se rattache à rien : j'offris (donc) la corde à sauter. Je voulais savoir jusqu'où iraient les appétits de Paulette. Elle désigna une poupée, d'un air tendre, elle souriait, elle ne demandait rien : j'offris la poupée.

" (Alors) les deux mains pleines, elle me considéra et me dit : Comme tu es faible, papa ! "

Je n'ai fait qu'ajouter un donc pour une clarté peut-être superflue, et bien qu'il fasse pléonasme avec la ponctuation, et que transposer un alors. La page de M. Bordeaux, mise au régime des viandes grillées, et fondue, dégraissée, rajeunie, vous prend tout de suite un petit air piquant et savoureux de Jules Renard. Je voudrais que ce Renard, en puissance chez lui, servît un peu à M. Bordeaux de conscience littéraire, de remords vivant, ainsi que celui du jeune Spartiate, et quitte peut-être à mouiller son front d'un peu de sueur. Mais que d'obstacles ! Faiblesse de M. Bordeaux à l'égard de lui-même : tout ce qui tombe de sa plume, il le garde, et voilà ses pages qui cheminent, chargées, elles aussi, de seaux, de pelles, de cordes à sauter et de poupées, qu'il n'a pas eu la force de refuser, à mesure que les plus faciles boutiques les lui pro- posaient. Faiblesse de M. Bordeaux à l'égard des familles, des éternelles et fortes familles ! A la renommée de Carpentras contribuent, avec ses berlingots, les inscriptions placées jadis sur les sièges de la promenade : Bancs pour s'asseoir. M. Bordeaux, plus soucieux que Mallarmé d'être intelligible, tient excessive- ment à ne laisser pour les familles, même carpentrassiennes, aucune obscurité dans ses propos. Il ne dira pas : " Qu'est-ce qu'un seau sans une pelle ? ", mais bien : " Qu'est-ce qu'un seau sans une pelle pour le remplir de sable. " Au moins la grand'mère, qui est dure d'oreilles, a compris. Les jésuites mettaient des coussins sous les coudes des pécheurs, M. Bor- deaux met des cornets acoustiques dans les oreilles de ses lecteurs. Mais le style vrai ce n'est pas cela, le st'^le vrai ce n'est

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