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I022 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

autres manies, ne date jamais ses lettres du jour où il les écrit ; mais du jour où il y répond dans sa tête, et fort souvent du lieu où il rêve qu'il est, où il est en effet, infiniment plus présent que là où on le croit être. On ne se dérobe jamais mieux aux autres qu'en se restituant à soi-même.

��3. Les femmes de Stendhal sont d'une beauté ravissante : elles sont dans l'amour, comme le chant du violon dans la musique. Tout le génie d'aimer ; et le reste est de surcroît. Madame Bovary exceptée, il ny a point de femmes dans Flaubert. Quoi de plus beau ou de plus ardent que Madame de Rénal, Mademoiselle de la Môle, la Sanseverina et Clelia Conti ? Il me faut penser à Shakspeare. Mais Julien Sorel ?

Julien et Fabrice sont le même homme, l'un en France, l'autre en Italie ; l'un, contraint de faire sa fortune ; l'autre, la trouvant faite. Fabrice, c'est Julien Sorel moins la tragédie. De ces deux princes enfin, Julien est le Bonaparte qui doit conquérir l'empire ; et Fabrice, le cadet d'une maison royale, qui pourrait régner à la place du dau- phin. Julien ne peut sans doute pas être populaire ; mais s'il l'eût été, on verrait déjà qu'il passe de bien loin Don Juan.

La misérable postérité de Chateaubriand accuse

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