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LA JEUNESSE D IBSEN 95

Il ne sortait presque pas. Naturellement timide, il n'adressait pas la parole aux personnes de son âge, ou plus âgées, et son air sévère et froid n'encourageait pas les autres à lui parler. " Une dame qui habitait alors à Grimstad a raconté qu'il circulait comme une énigme fermée à sept sceaux. Il causait une impression sombre, sérieuse, presque lugubre. Quelques amies de la dame se deman- daient ce qu'il pouvait y avoir en cet étrange individu, d'autres en avaient presque peur. " ^ Il n'était pas plus agréable avec les enfants, et les servait chichement, lorsqu'ils venaient acheter de la réglisse, si bien qu'avant d'entrer ils montaient à un arbre, d'où ils pouvaient voir qui était dans la boutique, et s'en allaient s'ils apercevaient Ibsen. ^ Un homme qui est venu fréquemment à Grimstad entre 1860 et 1869, résume ainsi les souvenirs qu'il a recueillis des gens de l'endroit : " Les jeunes femmes de Grimstad ne l'intéressaient pas le moins du monde, et il était pour elles une énigme vivante. Il ne se souciait de rien de ce qui occupe le jeune homme ordinaire dans sa situation. D'abord, il n'était pas du tout sociable. Il mépri- sait les bavardages insipides et les commérages du café ou du thé de l'après-midi ; il n'avait pas de goût pour le whist, le boston ni les grogs ; et

^ Henrik Jaeger : op. cit., p. 59.

' Erindringer af Johan Schulerud, dans Verdem Gang, 1 9 1 o, n<> 167.

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