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pris à Lyon, comme lui, le coche d'eau ? Tous trois allaient en Italie ; ils le croyaient du moins. Comme si cette fatale Io, pleine de lait, de fromage social et de meuglements avait jamais quitté son pâturage ! Et comme si le charmant Musset n’avait pas été le mouton parisien, offert en victime à la sœur de Pasiphaé.

En Avignon, je crois, où Stendhal était déjà chez lui, comme l’Italie même y commence, dans le plus rare équilibre de l’âme romaine avec l’esprit français, Brûlard, le baron Taquin et H. C. G. Bombet s’amusèrent à scandaliser l’intarissable Muse et son petit bélier. Ils étaient là, tous deux, d’un sérieux à faire avaler sa langue à la Tarasque, lui, cherchant la passion, elle, la portant comme une enseigne, et d’ailleurs fumant la pipe : l’un et l’autre en quête du pays où la lune est de miel, et où le grand amour doit fleurir coûte que coûte : on entre à Venise, où il n’y a pas un arbre ; et le bois d’Eros se charge aussitôt d’oranges d’or.

Le gros Stendhal, comme l’appelaient ces graves possédés, avait alors cinquante cinq ans. Il dut leur paraître un homme sans mœurs et d’âme grossière, un soldat suranné qui n’a pas même fait fortune, un demi solde d’Apollon et de la gloire. Nul génie, nulle emphase : un quart de siècle plus jeune que René, et en retard sur son éloquence de cent ans, en vérité voilà un pauvre homme.