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ou d’une caresse innocente, puis me quittant pour s’asseoir à l’écart et s’abandonner à des rêveries qui la saisissaient. Y a-t-il au monde un plus doux spectacle ? Quand elle revenait à moi, elle me trouvait sur son passage, dans quelque allée d’où je l’avais observée de loin. « Ô mon amie ! lui disais-je, Dieu lui-même se réjouit de voir combien vous êtes aimée. »

Je ne pouvais pourtant lui cacher ni la violence de mes désirs ni ce que je souffrais en luttant contre eux. Un soir que j’étais chez elle, je lui dis que j’avais appris le matin la perte d’un procès important pour moi, et qui apportait dans mes affaires un changement considérable. « Comment se fait-il, me demanda-t-elle, que vous me l’annonciez en riant ?

– Il y a, lui dis-je, une maxime d’un poète persan : « Celui qui est aimé d’une belle femme est à l’abri des coups du sort. »

Madame Pierson ne me répondit pas ; elle se montra toute la soirée plus gaie encore