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sentant à la marquise la lettre qu’il lui apportait. Elle la prit, ou plutôt s’en empara avec une extrême vivacité. Pendant qu’elle la décachetait, ses mains tremblaient sur l’enveloppe.

Cette lettre, écrite de la main du roi, était assez longue. Elle la dévora d’abord, pour ainsi dire, d’un coup d’œil, puis elle la lut avidement avec une attention profonde, le sourcil froncé et serrant les lèvres. Elle n’était pas belle ainsi, et ne ressemblait plus à l’apparition magique du petit foyer. Quand elle fut au bout, elle sembla réfléchir. Peu à peu, son visage, qui avait pâli, se colora d’un léger incarnat (à cette heure-là elle n’avait pas de rouge) : non seulement la grâce lui revint, mais un éclair de vraie beauté passa sur ses traits délicats ; on aurait pu prendre ses joues pour deux feuilles de rose. Elle poussa un demi-soupir, laissa tomber la lettre sur la table, et se retournant vers le chevalier :

— Je vous ai fait attendre, monsieur, lui dit-elle avec le plus charmant sourire, mais c’est que je n’étais pas levée, et je ne le suis même pas encore. Voilà pourquoi j’ai été forcée de vous faire venir par les cachettes ; car je suis assiégée ici presque autant que si j’étais chez moi. Je voudrais répondre un mot au roi. Vous ennuie-t-il de faire ma commission ?

Cette fois il fallait parler ; le chevalier avait eu le temps de reprendre un peu de courage.

— Hélas ! madame, dit-il tristement, c’est beaucoup