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fit entrer dans une grande chambre où les volets étaient à demi fermés. Là, elle s’arrêta et parut écouter.

— Toujours cligne-musette, se disait le chevalier.

Cependant, au bout de quelques instants, une porte s’ouvrit encore, et une autre fille de chambre qui semblait devoir être aussi jolie que la première, répéta du même ton les mêmes paroles :

— Venez, monsieur.

S’il avait été ému à Versailles, il l’était maintenant bien autrement, car il comprenait qu’il touchait au seuil du temple qu’habitait la divinité. Il s’avança le cœur palpitant ; une douce lumière, faiblement voilée par de légers rideaux de gaze, succéda à l’obscurité ; un parfum délicieux, presque imperceptible, se répandit dans l’air autour de lui ; la fille de chambre écarta timidement le coin d’une portière de soie, et, au fond d’un grand cabinet de la plus élégante simplicité, il aperçut la dame à l’éventail, c’est-à-dire la toute-puissante marquise.

Elle était seule, assise devant une table, enveloppée d’un peignoir, la tête appuyée sur sa main, et paraissant très préoccupée. En voyant entrer le chevalier, elle se leva par un mouvement subit et comme involontaire.

— Vous venez de la part du roi ?

Le chevalier aurait pu répondre, mais il ne trouva rien de mieux que de s’incliner profondément, en pré-