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pas anglais ; dans ce temps-là les jambes maigres n’étaient pas à la mode), accourait à toute bride et au triple galop. Le chemin était trempé par la pluie ; la grille n’était qu’entr’ouverte. Il y eut une hésitation ; le suisse s’avança et ouvrit la grille. Le page donna de l’éperon ; le cheval, arrêté un instant, voulut reprendre son train, manqua du pied, glissa sur la terre humide et tomba.

Il est fort peu commode, presque dangereux, de faire relever un cheval tombé à terre. Il n’y a cravache qui tienne. La gesticulation des jambes de la bête, qui fait ce qu’elle peut, est extrêmement désagréable, surtout lorsque l’on a soi-même une jambe aussi prise sous la selle.

Le chevalier, toutefois, vint à l’aide sans réfléchir à ces inconvénients, et il s’y prit si adroitement que bientôt le cheval fut redressé et le cavalier dégagé. Mais celui-ci était couvert de boue, et ne pouvait qu’à peine marcher en boitant. Transporté, tant bien que mal, dans la maison du suisse, et assis à son tour dans le grand fauteuil :

— Monsieur, dit-il au chevalier, vous êtes gentilhomme, à coup sûr. Vous m’avez rendu un grand service, mais vous m’en pouvez rendre un plus grand encore. Voici un message du roi pour madame la marquise, et ce message est très pressé, comme vous le voyez, puisque mon cheval et moi, pour aller plus vite, nous avons failli nous rompre le cou. Vous com-