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l’arrière-boutique, qu’il y a là, pendue à un clou, une petite robe de soie noire que ces messieurs connaissent sans doute, s’ils connaissent la propriétaire, car elle ne possède pas une garde-robe très compliquée. Mademoiselle Mimi m’a envoyé cette robe ce matin au petit jour ; et je présume que, si elle n’est pas venue au secours de la petite Rougette, c’est qu’elle-même ne roule pas sur l’or.

— Voilà qui est curieux, dit Marcel, se levant et entrant dans l’arrière-boutique, sans égard pour la pauvre femme aux carreaux écossais. La chanson de Mimi en a donc menti, puisqu’elle met sa robe en gage ? Mais avec quoi diable fera-t-elle ses visites à présent ? Elle ne va donc pas dans le monde aujourd’hui ?

Eugène avait suivi son ami.

Le barbier ne les trompait pas : dans un coin poudreux, au milieu d’autres hardes de toute espèce, était humblement et tristement suspendue l’unique robe de mademoiselle Pinson.

— C’est bien cela, dit Marcel ; je reconnais ce vêtement pour l’avoir vu tout neuf il y a dix-huit mois. C’est la robe de chambre, l’amazone et l’uniforme de parade de Mimi. Il doit y avoir à la manche gauche une petite tache grosse comme une pièce de cinq sous, causée par le vin de Champagne. Et combien avez-vous prêté là-dessus, père Cadédis ? car je suppose que cette robe n’est pas vendue, et qu’elle ne se trouve dans ce boudoir qu’en qualité de nantissement.