Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes II.djvu/261

Cette page a été validée par deux contributeurs.


chante ? Je ne suis pas bégueule, je vous en préviens, mais je ne sais pas de couplets de corps de garde. Je ne m’encanaille pas la mémoire.

— Connu, dit Marcel, vous êtes une vertu ; allez votre train, les opinions sont libres.

— Eh bien ! reprit mademoiselle Pinson, je vais vous chanter à la bonne venue des couplets qu’on a faits sur moi.

— Attention ! Quel est l’auteur ?

— Mes camarades du magasin. C’est de la poésie faite à l’aiguille ; ainsi je réclame l’indulgence.

— Y a-t-il un refrain à votre chanson ?

— Certainement ; la belle demande !

— En ce cas-là, dit Marcel, prenons nos couteaux, et, au refrain, tapons sur la table, mais tâchons d’aller en mesure. Zélia peut s’abstenir si elle veut.

— Pourquoi cela, malhonnête garçon ? demanda Zélia en colère.

— Pour cause, répondit Marcel ; mais si vous désirez être de la partie, tenez, frappez avec un bouchon, cela aura moins d’inconvénients pour nos oreilles et pour vos blanches mains.

Marcel avait rangé en rond les verres et les assiettes, et s’était assis au milieu de la table, son couteau à la main. Les deux étudiants du souper de Rougette, un peu ragaillardis, ôtèrent le fourneau de leurs pipes pour frapper avec le tuyau de bois ; Eugène rêvait, Zélia boudait. Mademoiselle Pinson prit une assiette et fit signe