Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes II.djvu/23

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


point, c’est que je ne savais pas de quelle manière vos affaires de Paris s’étaient terminées. Votre père ne manquera de rien là-bas ; il logera chez un de vos correspondants, qui le recevra de son mieux ; il a d’ailleurs emporté ce qu’il lui faut, car il était bien sûr d’en laisser encore de trop, et ce qu’il a laissé, monsieur, tout ce qu’il a laissé, est à vous, il vous le marque lui-même dans sa lettre, et je suis expressément chargé de vous le répéter. Cet or est donc aussi légitimement votre bien que cette maison où nous sommes. Je puis vous rapporter les paroles mêmes que votre père m’a dites en partant : « Que mon fils me pardonne de le quitter ; qu’il se souvienne seulement pour m’aimer que je suis encore en ce monde, et qu’il use de ce qui restera après mes dettes payées, comme si c’était mon héritage. » Voilà, monsieur, ses propres expressions ; ainsi remettez ceci dans votre poche, et puisque vous voulez bien de mon dîner, allons, je vous prie, à la maison.

La joie et la sincérité qui brillaient dans les yeux de Jean ne laissaient aucun doute à Croisilles. Les paroles de son père l’avaient ému à tel point qu’il ne put retenir ses larmes ; d’autre part, dans un pareil moment, quatre mille francs n’étaient pas une bagatelle. Pour ce qui regardait la maison, ce n’était point une ressource certaine, car on ne pouvait en tirer parti qu’en la vendant, chose toujours longue et difficile. Tout cela cependant ne laissait pas que d’apporter un change-