Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes II.djvu/228

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Eh, mon Dieu ! oui ; ne faut-il pas que ce monsieur-là se fourre partout ?

— Et comment la querelle est-elle venue ?

— Il n’y a pas de querelle ; deux mots, te dis-je, une misère ; nous en causerons. Commençons maintenant par aller chez Fossin acheter quelque chose pour Javotte, avec qui je suis convenu d’un échange ; car on ne donne rien pour rien quand on s’appelle Javotte, et même sans cela.

— Allons, dit Armand, je suis ravi comme toi que tu sois parvenu à ton but et que tu aies de quoi confondre ta marquise. Mais, chemin faisant, mon cher ami, réfléchissons, je t’en prie, sur la seconde partie de ta vengeance projetée. Elle me semble plus qu’étrange.

— Trêve de mots, dit Tristan, c’est un point résolu. Que j’aie tort ou raison, n’importe : nous pouvions ce matin discuter là-dessus ; à présent le vin est tiré, il faut le boire.

— Je ne me lasserai pas, reprit Armand, de te répéter que je ne conçois pas comment un homme comme toi, un militaire, reconnu pour brave, peut trouver du plaisir à ces duels sans motif, ces affaires d’enfant, ces bravades d’écolier, qui ont peut-être été à la mode, mais dont tout le monde se moque aujourd’hui. Les querelles de parti, les duels de cocarde peuvent se comprendre dans les crises politiques. Il peut sembler plaisant à un républicain de ferrailler avec un royaliste,