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Tristan commençait à se décourager. — Laissons tout cela, dit-il à son frère. À la tournure que prennent les choses, nous n’en aurons jamais fini. Qui sait si mademoiselle Durand, madame de Monval, madame Rosenval, n’est pas en Chine ou à Quimper-Corentin ?

— Il faut y aller voir, disait toujours Armand. Nous avons trop fait pour nous arrêter. Qui te dit que nous ne sommes pas sur le point de découvrir notre voyageuse ? Ouvrière ou artiste, nonne ou figurante, je la trouverai. Ne faisons pas comme cet homme qui avait parié de traverser pieds nus un bassin gelé au mois de janvier, et qui, arrivé à moitié chemin, trouva que c’était trop froid et revint sur ses pas.

Armand avait raison cette fois. Madame Rosenval en personne fut découverte rue de Bréda ; mais il ne s’agissait plus, à cette nouvelle adresse, du couvent, ni des choux, ni du Ranelagh. De figurante qu’elle était naguère, madame Rosenval était devenue tout à coup, par la grâce du hasard et d’un ancien préfet, personnage important et protecteur des arts, prima donna d’un théâtre de province. Elle habitait depuis quelque temps une assez grande ville du midi de la France, où son talent, nouvellement découvert, mais généreusement encouragé, faisait les délices des connaisseurs du lieu et l’admiration de la garnison. Elle se trouvait à Paris en passant, pour contracter, si faire se pouvait, un engagement dans la capitale. On dit aux deux jeunes gens, il est vrai, qu’on ne savait pas s’ils pourraient