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— Vous avez raison dit Tristan, elle se faisait appeler ainsi ; ce nom de Monval m’était sorti de la tête ; peut-être avait-elle le droit de le porter, car son titre de Javotte n’était, je crois, qu’un sobriquet. Travaillez-vous encore quelquefois pour elle ; vous a-t-elle acheté autre chose ?

— Non, monsieur ; elle m’a vendu, au contraire, une chaîne d’argent cassée qu’elle avait.

— Mais point de bracelet ?

— Non, monsieur.

— Va pour Monval, dit Armand ; grand merci, monsieur. Et quant à nous, en route pour la cité Bergère.

— Je crois, dit Tristan en quittant le bijoutier, qu’il serait bon de prendre un fiacre. J’ai quelque peur que madame de Monval n’ait changé plusieurs fois de domicile, et que notre course ne soit longue.

Cette prévision était fondée. La portière de la cité Bergère apprit aux deux frères que madame de Monval avait déménagé depuis longtemps, qu’elle s’appelait à présent mademoiselle Durand, ouvrière en robes, et qu’elle demeurait rue Saint-Jacques.

— Est-elle à son aise ? a-t-elle de quoi vivre ? demanda Armand, poursuivi par la crainte du bracelet vendu.

— Oh ! oui, monsieur, elle fait beaucoup de dépense ; elle avait ici un logement complet, des meubles d’acajou et une batterie de cuisine. Elle voyait beaucoup de militaires, toutes personnes décorées et très