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III


À peine avait-il fait quelques pas dans la rue, qu’il vit accourir son fidèle Jean, dont le visage exprimait la joie.

— Qu’est-il arrivé ? lui demanda-t-il ; as-tu quelque nouvelle à m’apprendre ?

— Monsieur, répondit Jean, j’ai à vous apprendre que les scellés sont levés, et que vous pouvez rentrer chez vous. Toutes les dettes de votre père payées, vous restez propriétaire de la maison. Il est bien vrai qu’on a emporté tout ce qu’il y avait d’argent et de bijoux, et qu’on a même enlevé les meubles ; mais enfin la maison vous appartient, et vous n’avez pas tout perdu. Je cours partout depuis une heure, ne sachant ce que vous étiez devenu, et j’espère, mon cher maître, que vous serez assez sage pour prendre un parti raisonnable.

— Quel parti veux-tu que je prenne ?

— Vendre cette maison, monsieur, c’est toute votre fortune ; elle vaut une trentaine de mille francs. Avec cela, du moins, on ne meurt pas de faim ; et qui vous empêcherait d’acheter un petit fonds de commerce qui ne manquerait pas de prospérer ?