Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes II.djvu/191

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


compte mettre une robe botanique, et avoir un jardin sur la tête.

Tristan obéissait : il le fallait bien. La marquise se trouva bientôt avoir une véritable botte de fleurs, mais aucune ne lui plaisait. — Vous n’êtes pas connaisseur, disait-elle, vous êtes un mauvais jardinier ; vous brisez tout, et vous croyez bien faire parce que vous vous piquez les doigts ; mais ce n’est pas cela, vous ne savez pas choisir.

En parlant ainsi, elle effeuillait les branches, puis les laissait tomber à terre, et les repoussait du pied en marchant, avec ce dédain sans souci qui fait quelquefois tant de mal le plus innocemment du monde.

Il y avait au milieu du parc une petite rivière avec un pont de bois qui était brisé, mais dont il restait encore quelques planches. La Bretonnière, selon sa manie, déclara qu’il y avait danger à s’y hasarder, et qu’il fallait revenir par un autre chemin. La marquise voulut passer, et commençait à prendre les devants, quand la baronne lui représenta qu’en effet ce pont était vermoulu, et qu’elle courait le risque d’une chute assez grave.

— Bah ! dit madame de Vernage. Vous calomniez vos planches pour faire les honneurs de la profondeur de votre rivière ; et si je faisais comme Condé, qu’est-ce qu’il arriverait donc ?

Devant monter à cheval, au retour, elle avait à la main une cravache. Elle la jeta de l’autre côté de l’eau,