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bien, si tu veux, qu’il y a un peu de froid entre la marquise et moi ; mais, à la première occasion, tu nous verras amis comme devant.

— Tout cela est bel et bon, répliquait Armand, mais tu ne parlais pas hier par énigme, quand tu m’as dit : C’est la dernière des femmes. Il n’y a là mauvaise humeur qui tienne. Quelque chose est arrivé que tu caches.

— Et que veux-tu qu’il me soit arrivé ? demandait Tristan.

À cette question, Armand baissait la tête, et restait muet ; car en pareille circonstance, du moment que son frère se taisait, toute supposition, même faite en plaisantant, pouvait être aisément blessante.

Vers le milieu de la journée, une calèche découverte entra dans la cour des Clignets. Un petit homme d’assez mauvaise tournure, à l’air gauche et endimanché, descendit aussitôt de la voiture, baissa lui-même le marchepied et présenta la main à une grande et belle femme, mise simplement et avec goût. C’était madame de Vernage et la Bretonnière qui venaient faire visite à la baronne. Tandis qu’ils montaient le perron, où madame de Berville vint les recevoir, Armand observa le visage de son frère avec un peu de surprise et beaucoup d’attention. Mais Tristan le regarda en souriant, comme pour lui dire : Tu vois qu’il n’y a rien de nouveau.

À la tournure aisée que prit la conversation, aux