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son appartement pour dire ses prières accoutumées.

— Que fait-il, en effet, cet étourdi garçon ? se disait Armand, tout en se débarrassant, pour se mettre au lit, de son attirail de chasseur. Rien de bien inquiétant, cela est probable. Il fait les yeux doux à madame de Vernage, et subit le silence imposant de la Bretonnière. Est-ce bien sûr ? Il me semble qu’à cette heure-ci la Bretonnière doit être dans son coche, en route pour aller se coucher. Il est vrai que Tristan est peut-être en route aussi ; j’en doute, pourtant ; le chemin n’est pas bon, il pleut bien fort pour monter à cheval. D’une autre part, il y a d’excellents lits à Renonval, et une marquise si polie peut certainement offrir un asile à un capitaine surpris par l’orage. Il est probable, tout bien considéré, que Tristan ne reviendra que demain. Cela est fâcheux, pour deux raisons : d’abord cela inquiète notre mère, et puis, c’est toujours une chose dangereuse que ces abris trouvés chez une voisine ; il n’y a rien qui porte moins conseil qu’une nuit passée sous le toit d’une jolie femme, et on ne dort jamais bien chez les gens dont on rêve. Quelquefois même, on ne dort pas du tout. Que va-t-il advenir de Tristan s’il se prend tout de bon pour cette coquette ? Il a du cœur pour deux, mais tant pis. Elle trouvera aisé de le jouer, trop aisé, peut-être, c’est là mon espoir. Elle dédaignera d’en agir faussement envers un si loyal caractère. Mais, après tout, se disait encore Armand, en soufflant sur sa bougie, qu’il revienne quand il voudra, il est beau