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pagnie à sa vieille mère. Tristan le raillait parfois de ses goûts sédentaires, et l’appelait monsieur l’abbé, prétendant que, sans la Révolution, il aurait porté la tonsure, en sa qualité de cadet ; mais cela ne le fâchait pas. — Va pour le titre, répondait-il, mais donne-moi le bénéfice. La baronne de Berville, la mère, veuve depuis longtemps, habitait le Marais en hiver, et dans la belle saison la petite terre des Clignets. Ce n’était pas une maison assez riche pour entretenir un grand équipage, mais comme les jeunes gens aimaient la chasse et que la baronne adorait ses enfants, on avait fait venir des foxhounds d’Angleterre ; quelques voisins avaient suivi cet exemple ; ces petites meutes réunies formaient de quoi composer des chasses passables dans les bois qui entouraient la forêt de Carenelle. Ainsi s’étaient établies rapidement, entre les habitants des Clignets et ceux de deux ou trois châteaux des environs, des relations amicales et presque intimes. Madame de Vernage, comme on vient de le voir, était la reine du canton. Depuis le sieur de Franconville et le magistrat de Beauvais jusqu’à l’élégant un peu arriéré de Luzarches, tout rendait hommage à la belle marquise, voire même le curé de Noisy. Renonval était le rendez-vous de ce qu’il y avait de personnes notables dans l’arrondissement de Pontoise. Toutes étaient d’accord pour vanter, comme Tristan, la grâce et la bonté de la châtelaine. Personne ne résistait à l’empire souverain qu’elle exerçait, comme on dit, sur les cœurs ; et c’est précisément pourquoi Armand