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désir rempli de cette façon ; elle prit la planchette sur ses genoux, et fit asseoir son oncle à côté d’elle ; puis elle lui fit prendre la craie, et lui saisit la main comme pour le guider, en même temps que ses regards inquiets s’apprêtaient à suivre ses moindres mouvements.

L’oncle Giraud comprenait bien qu’elle lui demandait d’écrire quelque chose, mais quoi ? Il l’ignorait. — Est-ce le nom de ta mère ? Est-ce le mien ? Est-ce le tien ? Et pour se faire comprendre, il frappa du bout du doigt, le plus doucement qu’il put, sur le cœur de la jeune fille. Elle inclina aussitôt la tête ; le bonhomme crut qu’il avait deviné ; il écrivit donc en grosses lettres le nom de Camille ; après quoi, satisfait de lui-même et de la manière dont il avait passé sa soirée, le souper étant prêt, il se mit à table sans attendre sa nièce, qui n’était pas de force à lui tenir tête.

Camille ne se retirait jamais que son oncle n’eût achevé sa bouteille ; elle le regarda prendre son repas, lui souhaita le bonsoir, puis rentra chez elle, tenant sa petite planche entre ses bras.

Aussitôt son verrou tiré, elle se mit à son tour à écrire. Débarrassée de sa coiffure et de ses paniers, elle commença à copier, avec un soin et une peine infinie, le mot que son oncle venait de tracer, et à barbouiller de blanc une grande table qui était au milieu de la chambre. Après plus d’un essai et plus d’une rature, elle parvint assez bien à reproduire les lettres qu’elle avait devant les yeux. Lorsque ce fut fait, et que, pour s’as-