Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes II.djvu/145

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


rien des maux qui auraient pu l’atteindre, s’il fût né dans une classe inférieure ou seulement, comme Camille, dans un autre lieu qu’à Paris. L’une des premières choses qu’on lui avait apprises, lorsqu’il avait commencé à épeler, avait été le nom de son père, le marquis de Maubray. Il savait donc qu’il était, à la fois, différent des autres hommes par le privilège de la naissance et par une disgrâce de la nature. L’orgueil et l’humiliation se disputaient ainsi un noble esprit, qui, par bonheur, ou peut-être par nécessité, n’en était pas moins resté simple.

Ce marquis, sourd-muet, observant et comprenant les autres, aussi fier qu’eux tous, et qui avait aussi, auprès de son gouverneur, sur les grands parquets de Versailles, traîné ses talons rouges à fleur de terre, selon l’usage, était lorgné par plus d’une jolie femme, mais il ne quittait pas des yeux Camille ; de son côté, elle le voyait très bien, sans le regarder davantage. L’opéra fini, elle prit le bras de son oncle, et, n’osant pas se retourner, rentra pensive.