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IV


— Elle est pourtant belle ! se répétait le chevalier, et Camille l’était en effet. Dans le parfait ovale d’un visage régulier, sur des traits d’une pureté et d’une fraîcheur admirables, brillait, pour ainsi dire, la clarté d’un bon cœur. Camille était petite, non point pâle, mais très blanche, avec de longs cheveux noirs. Gaie, active, elle suivait son naturel ; triste avec douceur et presque avec nonchalance dès que le malheur venait la toucher ; pleine de grâce dans tous ses mouvements, d’esprit et quelquefois d’énergie dans sa petite pantomime, singulièrement industrieuse à se faire entendre, vive à comprendre, toujours obéissante dès qu’elle avait compris. Le chevalier restait aussi parfois, comme madame des Arcis, à regarder sa fille sans parler. Tant de grâce et de beauté, joint à tant de malheur et d’horreur, était près de lui troubler l’esprit ; on le vit embrasser souvent Camille avec une sorte de transport, en disant tout haut : — Je ne suis cependant pas un méchant homme !

Il y avait une allée dans le bois, au fond du jardin, où le chevalier avait l’habitude de se promener après le déjeuner. De la fenêtre de sa chambre, madame des Arcis voyait son mari aller et venir derrière les arbres.