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LE COL DE LEKSUR

les temps anciens, on se gardait des razzias de moutons et de troupeaux faites par les Suanétiens ; il est présumable par conséquent qu’elle marque le point extrême au delà duquel, dans ces mêmes temps anciens, les moutons et les bestiaux n’étaient pas emmenés à la pâture. En dessous de ce point on pourrait chercher en vain non seulement un arbre mais le moindre arbuste. Pendant que je descendais la vallée, je ne pouvais pas échapper à cette conclusion que la présence ou l’absence des forêts dans la vallée de Bashil a été déterminée par la présence ou l’absence des moutons et des chèvres. Et bien que sans doute je généralise sur des faits insuffisants, je suis très porté à attribuer le contraste extraordinaire qu’il y a entre les pentes dénudées des vallées septentrionales et les denses forêts des vallées méridionales, moins aux différences climatériques qu’à la forme qui existe dans les biens et richesses de leurs habitants respectifs. Dans un cas les bœufs, les chevaux, les moutons et les chèvres ; dans l’autre des champs et des vergers bien labourés et bien fermés. Quoiqu’à première vue il paraisse difficile de croire que moutons et chèvres puissent, sur une grande étendue de terrain, détruire toutes les forêts, un examen soigneux de la vallée supérieure de Bashil Su montre que la cause est suffisante pour produire un retrait continu de l’aire forestière et laisse à penser que ce n’est plus qu’une simple question de temps pour que le dernier arbre de cette vallée soit abattu et brûlé.

À Bulungu nous constatons que notre bagage tant espéré n’est pas arrivé ; nous voici donc obligés de traverser à Bezingi, car notre garde-robe est tout à fait insuffisante et a besoin d’être renouvelée. Le lendemain matin nous suivons à cheval le petit col gazonné qui réunit ces deux localités. À notre arrivée nous trouvons le village