Page:Mummery - Mes escalades dans les Alpes.djvu/212

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
146
LA DENT DU REQUIN

quence la plus persuasive, en une série de raisons destinées à nous convaincre tous de camper précisément dans cet endroit.

Comme il n’y a aucune dissidence, le porteur est promptement payé, et le thé de l’après-midi est mis en train ; nous nous occupons alors à contempler tout à loisir le formidable sommet que nous allons attaquer. Assis dans l’ombre que projette ce grand rocher, nous l’examinons à la lunette, et nous arrivons à cette conclusion que nous aurons la victoire si nous pouvons seulement atteindre l’arête Est n’importe où dans le voisinage immédiat du sommet. D’une entaille de cette arête nous pouvions voir une fissure ou cheminée commode descendre à un grand promontoire qui émergeait de la face de la montagne, à environ cent cinquante mètres en dessous de l’arête. À gauche de ce promontoire se trouvait une considérable plaque de neige, et il nous semblait que, une fois sur cette neige, nous aurions grande chance de succès. Il est vrai que en dessous de cette neige le roc était, sur une courte distance, en dalles à pic, et il paraissait douteux que nous pussions ascensionner cette partie. Les optimistes étaient sûrs que c’était faisable, mais les pessimistes étaient encore plus sûrs que nous serions arrêtés là. Un plan mixte fut alors suggéré par Slingsby, qui fit remarquer que, bien que l’arête Sud du pic nous cachât la face Ouest, cette face non seulement paraissait facile vue du Col du Géant mais avait été même escaladée par des caravanes cherchant à faire l’ascension. Jusqu’au point où les arêtes Sud et Ouest se rejoignent, nous avions une route assurée. À partir de là, il serait, apparemment, facile de descendre l’arête Sud jusqu’à une tour de roc bien évidente, coiffée d’une grosse pierre ressemblant beaucoup à un tricorne. Serait-il possible de descendre quelque